Les tendances actuelles du packaging de luxe

Procurement, Procurement Packaging | 11 décembre 2019

Le développement durable : vers une réelle lame de fond  

Depuis une dizaine d’années, la dimension Développement Durable du packaging faisait partie des revendications commerciales, mais elle restait souvent à l’état de discours côté marques, comme côté fournisseurs. Aujourd’hui, les faits et les solutions concrètes ont pris le dessus, et la dernière édition 2019 du salon Luxe Pack Monaco reflète totalement les préoccupations écologiques de tous les acteurs du marché. L’avenir de l’emballage de luxe se joue en ce moment.

COTE FOURNISSEURS : Eco-conception, rechargeabilité et recyclabilité, trois incontournables de la démarche Développement Durable

Tous les fournisseurs présents au salon (tous secteurs du luxe confondus) axaient leur communication sur des packagings répondant aux critères des 3R du Développement Durable :

  • Réduire la quantité de produits arrivant en fin de vie, c’est aussi réduire le poids et volume des emballages tout en gardant les fonctions de conserver et de protéger ; on réduit les épaisseurs de verre  (Bormioli Luigi avec ses gammes Ecojar et Ecoline) : développement de pots légers, de flacons allégés de moitié. On réduit les poids des flacons et tubes plastique chez de nombreux fabricants , avec des baisses de matière pouvant aller jusqu’à 30% (Albea et sa gamme de tubes THIN-WALL plus capsule SLIM Cap)
  • Réutiliser des produits ou certaines de leurs parties qui sinon deviendraient des déchets ; après les précurseurs tels que les parfums Mugler avec leurs flacons remplissables à la fontaine, de nombreuses solutions de parfums rechargeables ont vu le jour ; on peut également trouver des rouges à lèvres qui disposent d’une solution de recharge, (Texen et son slimstick), des pots rechargeables (avec la gamme Natura chez le groupe Berry), ou des flacons airless, dont les consommateurs conservent la bouteille extérieure et ne rachètent que les recharges (Berry)…
  • Recycler les matières premières et utiliser des matières recyclées, celles-ci représentant de gros leviers d’innovation, sources d’investissements et de mobilisation des ressources. Pour faciliter le recyclage, on privilégie la séparabilité des packagings avec des pompes séparables et des cols à vis, (pompe parfum Spiral chez Albea, version vissable de La Petite chez Aptar), des mono-pièces constituées d’un seul composant mono-matière (capots en chutes de liège sans insert plastique chez Quadpack)

TOUS LES MATERIAUX SONT VISES par des démarches RSE : impact sur empreinte carbone, diminution des déchets…

Les verriers proposent des flacons ou pots en verre à base de PCR–Post Consumer Recycled (la part de recyclé variant d’un fournisseur à l’autre), comme Verescence et ses gammes Infini et Inifni Neo, menant à des réductions de l’empreinte carbone et de la consommation d’eau ; le véritable challenge étant de ne pas changer l’aspect esthétique du produit, en proposant notamment des laquages et finitions adaptées pour masquer les différences de transparence ou de couleur.

Pour trouver des alternatives au plastique, et faire face au « plastic bashing » des consommateurs, les trouvailles ne sont plus uniquement anecdotiques ; la majorité des fournisseurs de produits plastique expose des packaging à base de 30, 50 voire même 100% de PCR; on peut voir des tubes fabriqués à partir de bouteilles de lait ou de canne à sucre (gammes chez CTL Packaging), des flacons à partir de déchets marins, (chez Qualiform), la matière plastique pouvant aussi être remplacée par des copeaux de bois, des coquilles d’huitres selon la typologie de produit. Le fournisseur de Surlyn (une matière phare de l’industrie parfumerie cosmétique, associant légèreté, transparence et brillance) cherche également à s’engager dans l’économie circulaire en proposant de la matière recyclée issue de rebuts industriels, avec les mêmes qualités que le Surlyn vierge pour pouvoir ensuite l’utiliser dans la production de composants parfums.

Les acteurs du secteur plastique ne sont plus les seuls à réfléchir à des solutions plus respectueuses de l’environnement. Ceux du métal, notamment l’aluminium, comme G.Pivaudran, se sont également engagés dans une démarche environnementale en étudiant une possible intégration de l’aluminium recyclé dans leurs produits.

Quant à la filière carton, engagée depuis longtemps dans des démarches de préservation des ressources naturelles, elle présente également des nouveautés optimisant les poids (répondant aux contraintes logistiques), tout en maintenant les performances de résistance.

DES MARQUES FORTEMENT IMPLIQUEES

Pour avancer rapidement et de façon pragmatique dans ces recherches d’innovations, il est important que les marques créatrices de besoin et acheteuses de solutions travaillent main dans la main avec les fournisseurs de packaging. C’est le cas notamment de la collaboration fructueuse entre L’Oréal et Albéa pour la création de tubes en carton qui, à défaut d’éliminer complètement le plastique, permettent de réduire considérablement son utilisation. Nous pouvons citer également Pochet travaillant avec L’Oréal pour produire le 1er flacon à base de 10% de verre recyclé haute qualité, brillance et transparence identiques, pour la marque Victor & Rolf.

Une des tendances remarquées également par tous les fournisseurs est la suivante : cette préoccupation n’est plus uniquement l’apanage des grands groupes, mais est devenue la priorité de toutes les marques sans exception. Plus personne ne peut se permettre de ne pas intégrer des aspects RSE dans ses achats.

La réduction de l’impact environnemental des emballages est devenue un enjeu clef au sein de l’industrie des parfums et des cosmétiques.

DES ACTEURS QUI DOIVENT SE FORMER, SE STRUCTURER ET S’ORGANISER

Même si les marques démontrent un réel souhait de s’engager dans le développement durable et l’économie circulaire, même si l’offre technique en terme de recyclabilité, écoconception, réduction d’impact environnemental, compostabilité, existe et se développe, les enjeux résident maintenant dans l’information des consommateurs et la formation des acteurs de la filière. Il est nécessaire de regarder le cycle de vie total du produit, et d’étudier étape par étape (matière, production, transport, fin de vie…) les impacts environnementaux, sociaux, économiques et financiers, afin de pouvoir choisir les vraies solutions profitables au Développement Durable. Des outils doivent être mis en place, des simulations de coût global doivent être effectuées, des formations doivent être dispensées au acheteurs, des réunions d’échange doivent être organisées parmi tous les acteurs de la filière pour rapidement trouver une organisation pérenne et profitable pour tous.

LE DEVELOPPEMENT DURABLE

À court ou moyen terme le positionnement durable apporte un renforcement de la performance économique. D’après l’étude de France Stratégies 2018,  on observe un écart de performance économique d’environ 13 % en moyenne entre les entreprises qui mettent en place des pratiques RSE et celles qui ne le font pas . Les marques qui s’engagent sincèrement croissent beaucoup plus vite.

C’est avant tout la capacité d’amélioration de la résilience des organisations (capacité à s’adapter aux perturbations internes ou externes) qui va réellement faire la différence entre les entreprises (protection de l’environnement, mais aussi dimensions sociales, ou politique d’achats responsables). Les entreprises devront passer par des phases d’audit, nécessaires et indispensables, pour évaluer les risques et faiblesses (Epsa a mis en place des indicateurs spécifiques pour le packaging et les fournisseurs d’emballages). Le plan d’action défini mènera à court ou moyen terme à une optimisation des processus internes de l’entreprise et donc à une amélioration de la performance globale, notamment la performance financière. Par exemple, si l’entreprise met en place des processus pour réduire les gaspillages de ressources, les déchets ou les consommations d’énergie, elle réduit bien souvent dans le même temps ses dépenses : moins d’énergie consommée entraîne une réduction de coûts.

Nous sommes persuadés que les marques qui vont adopter les principes de sustainability connaîtront également une croissance plus importante. De ces deux facteurs associés découleront naturellement la confiance dans la marque et la satisfaction du consommateur.